
Une révolution discrète mais structurante est en train de s’opérer en République démocratique du Congo. À travers le Programme AXIS, le pays s’apprête à lancer une monnaie numérique nationale adossée à ses richesses naturelles : l’or du sous-sol et le carbone de ses forêts. Son nom : SGRT (Sovereign Gold Reserve Token). L’ambition est claire : financer le développement local sans s’endetter et sans brader les ressources nationales.
Le SGRT, une monnaie numérique ancrée dans le réel
Contrairement aux cryptomonnaies spéculatives, le SGRT repose sur des actifs tangibles et vérifiables. Chaque jeton représente une valeur réelle issue de l’or ou des crédits carbone générés par la préservation des forêts congolaises.
Accessible via un téléphone mobile, le SGRT pourra être utilisé pour épargner, payer ou investir, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle forme d’inclusion financière.
« C’est comme si chaque Congolais détenait une petite part de notre or ou de notre forêt directement dans son téléphone », explique un cadre du Fonds Social de la RDC.
De la ressource naturelle à l’infrastructure locale
Le mécanisme est simple. Prenons l’exemple d’une commune du Kasaï riche en or, mais dépourvue d’infrastructures de base. Plutôt que d’exporter l’or brut, l’État valorise cette richesse sous forme de SGRT. Ces jetons sont ensuite proposés à des partenaires publics ou privés, locaux ou internationaux.
Les fonds mobilisés servent directement à construire des routes, équiper des écoles ou financer des centres de santé, sans recourir à l’emprunt. Une logique de développement fondée sur la valeur créée, et non sur la dette.
Le carbone, une richesse stratégique longtemps sous-estimée
Le SGRT intègre également une autre ressource clé : le carbone forestier. Grâce à ses vastes forêts, la RDC produit des crédits carbone en captant le CO₂. Ces crédits, une fois tokenisés, deviennent une source de financement durable.
Résultat : protéger la forêt devient économiquement rentable, et les communautés locales peuvent être rémunérées pour la conservation plutôt que poussées à la déforestation. Une approche qui lie écologie, économie et justice sociale.
Une initiative congolaise, encadrée et souveraine
Le SGRT est mis en œuvre par le Fonds Social de la RDC, sous la coordination de Philippe Ngwala Malemba, en partenariat avec Phoenix Capital BV, société spécialisée dans les mécanismes financiers innovants.
Le dispositif est supervisé par la Banque Centrale, garantissant la sécurité juridique, financière et monétaire du projet. « Avec le SGRT, nous voulons que la valeur de nos ressources profite d’abord à nos communautés, et non uniquement aux multinationales », confie un responsable local impliqué dans le programme.
Une finance numérique accessible à tous
Le SGRT fonctionnera via une application mobile simple d’utilisation, MACC Pay, pensée pour les réalités congolaises. Même en zone rurale, un commerçant, un agriculteur ou une mère de famille pourra recevoir de l’aide, épargner ou effectuer des paiements en toute sécurité, directement depuis son téléphone.
2026, l’année du lancement
Le lancement officiel du SGRT est prévu en 2026 à Kinshasa, à l’occasion d’un atelier national de deux jours réunissant autorités publiques, partenaires techniques, société civile et organisations communautaires. En amont, des campagnes de sensibilisation seront déployées dans toutes les provinces pour expliquer le mécanisme et favoriser l’adhésion.
À Mbuji-Mayi, un enseignant résume l’espoir suscité par cette innovation :
« Cette fois-ci, notre or et nos arbres seront au service de nos enfants. »
Avec le SGRT, la RDC tente un pari audacieux : transformer ses ressources naturelles en instruments de souveraineté, d’inclusion et de développement durable. Une révolution tranquille, mais potentiellement décisive.
Robert DEMANOU, PhD
Expert en Communication & Branding, Capitalisation des Expériences et Mobilisation des Ressources/Expert International en Communication du PTA-RDC
