
Kinshasa, février 2026 – La République Démocratique du Congo vient d’engager une réforme stratégique majeure de son secteur aurifère artisanal. Avec le lancement du Programme national AXIS (Asset-eXchange-Impact-Sovereign) et de l’initiative GOLDCONNECT, intégrant le mécanisme innovant Sovereign Gold Reserve Token (SGRT), le pays affiche une ambition claire : transformer l’or artisanal en levier de développement communautaire et de souveraineté économique.
Longtemps dominé par l’informalité, les circuits parallèles et les pertes fiscales, le secteur de l’or artisanal représente à la fois une opportunité considérable et un défi structurel pour l’économie congolaise. AXIS entend désormais refonder cette gouvernance.

Structurer, tracer, valoriser
Le programme AXIS repose sur trois piliers fondamentaux :
- La structuration des chaînes d’approvisionnement de l’or artisanal ;
- La traçabilité et la transparence des flux ;
- L’innovation financière souveraine via le SGRT.
Concrètement, il s’agit d’organiser les circuits d’achat, d’encadrer les transactions et d’intégrer progressivement les exploitants artisanaux dans le circuit formel.
Un creuseur artisanal qui vendait auparavant son or à des intermédiaires informels, souvent à des prix désavantageux, peut désormais évoluer dans un système mieux régulé, plus transparent et juridiquement sécurisé.
Des retombées économiques pour l’État et les communautés
L’un des enjeux majeurs de la réforme est la captation des recettes publiques.
Lorsque l’or sort du pays par des circuits informels, l’État perd des ressources fiscales essentielles. En améliorant la traçabilité et en réduisant les exportations illicites, AXIS vise à renforcer les recettes nationales.
Ces ressources supplémentaires peuvent ensuite financer des infrastructures locales : routes rurales, centres de santé, écoles, projets agricoles ou entrepreneuriaux.
L’or artisanal devient ainsi un outil de financement du développement, et non plus une richesse diffuse.

SGRT : innover sans s’endetter
L’introduction du Sovereign Gold Reserve Token (SGRT) marque une innovation majeure dans la gestion des ressources naturelles.
Le principe est simple : adosser une partie de la production aurifère à un mécanisme financier souverain, sans création de dette publique ni transfert de souveraineté.
Plutôt que d’emprunter à l’extérieur, l’État valorise une ressource stratégique existante. Cette approche permet de mobiliser des instruments financiers encadrés tout en maintenant un contrôle étatique strict sur les actifs.
Le FSRDC au cœur de l’opérationnalisation
Le Fonds Social de la République Démocratique du Congo (FSRDC) joue un rôle central dans la mise en œuvre opérationnelle du programme.
Sous la coordination de Philippe Ngwala Malemba, le FSRDC assure l’articulation entre innovation financière, encadrement institutionnel et impact social.
Pour son coordonnateur national, la signature de l’Accord-cadre relatif à AXIS constitue une matérialisation concrète de la vision du Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Selon lui, l’objectif est clair : faire de l’or congolais une richesse désormais au service des communautés locales, et non plus un simple produit d’exportation exposé aux dérives de l’informalité.
Une réforme à forte portée politique
Au-delà des mécanismes techniques, AXIS et GOLDCONNECT réaffirment plusieurs principes structurants :
- La primauté de la souveraineté nationale sur les ressources naturelles ;
- La nécessité d’un encadrement institutionnel clair et juridiquement sécurisé ;
- L’engagement pour un modèle minier artisanal responsable, traçable et inclusif.
Dans un contexte où l’or artisanal constitue une source de revenus pour des milliers de Congolais, cette réforme ambitionne de réconcilier activité économique, formalisation et développement local.
Un changement de paradigme
AXIS ne se limite pas à une réforme administrative. Il s’agit d’un changement de paradigme.
La RDC ne se contente plus d’extraire et d’exporter son or. Elle entend désormais :
- Mieux le tracer ;
- Mieux le valoriser ;
- Mieux redistribuer ses retombées.
Si la mise en œuvre est rigoureuse, la réforme pourrait marquer un tournant historique dans la gouvernance minière artisanale du pays.
L’or congolais ne serait plus une richesse qui s’échappe, mais un actif stratégique structuré, capable de financer durablement le développement des communautés et de consolider la souveraineté économique nationale.
Robert DEMANOU, PhD
